Fondatrice de PaperBay

À propos de Bei Bouis

Je m’appelle Bei Bouis. Mon prénom, Bei, signifie « bouton de fleur » en chinois. Il évoque déjà le lien discret qui traverse mon travail : la fleur comme forme, comme langage, comme point de départ d’une exploration qui ne cesse jamais vraiment.

Le geste comme origine

Ma pratique est née d’un geste transmis dans mon enfance : la découpe du papier aux ciseaux. Un geste précis, irréversible, qui demande concentration et maîtrise. Je ne dessine pas avant de créer. La forme apparaît directement sous la main, pétale après pétale, dans un dialogue constant entre l’intention et la matière. C’est cette méthode — intuitive mais rigoureuse — qui définit encore aujourd’hui la manière dont je travaille. Pas de croquis préparatoire, pas de modèle numérique. Juste le papier, les ciseaux, et le geste qui façonne.

J’ai fondé PaperBay comme un atelier où le papier devient volume et présence. Un lieu où je peux explorer librement ce que cette matière permet quand on refuse de la limiter à sa planéité. Le papier n’est pas un support — c’est une sculpture en devenir. Chaque feuille porte en elle la possibilité de se transformer, de prendre forme, de créer un espace. Mon travail consiste à révéler cette possibilité.

Deux univers de création

À travers Souffle de papier, j’explore le rythme et la tension du motif. Ce sont des pièces où la répétition crée le mouvement, où la découpe devient presque méditative. Le motif n’est jamais décoratif au sens ornemental — il structure, il respire, il crée une dynamique visuelle qui transforme la perception de l’espace dans lequel il s’inscrit. Ces œuvres parlent de légèreté, de fragilité maîtrisée, de l’équilibre précaire entre le plein et le vide.

À travers mes fleurs sculptées, je travaille la couleur, la matière et l’émotion. Chaque fleur naît d’une intention — une teinte, une texture, une forme qui évoque quelque chose sans jamais chercher à imiter la nature de manière littérale. Je ne reproduis pas des fleurs. Je les réinterprète, je les construis comme des objets sculpturaux autonomes, qui empruntent au végétal sa structure et sa poésie tout en assumant pleinement leur statut d’œuvre fabriquée. Le papier de soie, le crépon, l’aquarelle — chaque matière apporte une qualité différente, une présence particulière. Je choisis la matière en fonction de l’effet recherché, de l’émotion que je veux transmettre.

À grande échelle, ces fleurs deviennent installations, capables de transformer un espace et d’en modifier la perception. Une fleur géante ne fonctionne pas comme une fleur de taille réelle. Elle crée un rapport au corps différent, elle impose une présence, elle redéfinit les proportions de l’espace qui l’accueille. C’est ce qui me fascine dans le passage à l’échelle monumentale : la manière dont un volume sculptural peut complètement changer l’atmosphère d’un lieu, créer une émotion immédiate chez ceux qui le traversent. Mes installations pour mariages, événements et espaces commerciaux s’inscrivent dans cette recherche — créer des scénographies florales qui ne se contentent pas d’habiller un lieu, mais qui le transforment, qui le magnifient, qui y apportent une dimension onirique et sculpturale.

Une pratique de la rareté et de l'intention

Chaque création porte une signature claire : précision du geste, équilibre des formes, attention au détail. Je ne travaille pas vite. Chaque pétale est découpé à la main, formé individuellement, assemblé avec soin. Cette lenteur n’est pas une contrainte — c’est le cœur de ma pratique. C’est elle qui garantit la qualité, la justesse, la présence de chaque pièce. Mes mains connaissent le papier, ses résistances, ses possibilités. Je sais exactement jusqu’où je peux aller avant qu’il ne se déchire, comment le courber pour qu’il tienne une forme sans s’affaisser, comment superposer les couches pour créer de la profondeur sans alourdir l’ensemble.

Je crée peu. Chaque pièce est unique ou réalisée en série très limitée. Cette rareté n’est pas une stratégie commerciale — c’est une nécessité créative. Je refuse la production en série, les modèles standardisés, la répétition mécanique. Chaque commande, qu’il s’agisse d’un bouquet de mariée ou d’une installation monumentale pour un espace commercial, est pensée spécifiquement pour la personne ou le lieu qui l’accueille. Je ne vends pas des produits. Je crée des œuvres qui portent une intention, une histoire, un dialogue avec celui ou celle qui les reçoit.

Mon parcours m’a menée de la Chine à la France, en passant par des années de formation et d’exploration technique. Mais au-delà des géographies et des influences, ce qui reste constant, c’est ce geste premier : la découpe du papier. Tout part de là. Tout y revient. C’est un geste humble, presque enfantin, et pourtant il contient une profondeur infinie. Découper, c’est retirer de la matière pour révéler une forme. C’est un acte de soustraction qui crée de l’apparition. Et c’est cette alchimie-là qui continue de me fasciner, jour après jour, création après création.

PaperBay n’est pas qu’un atelier. C’est un espace de recherche, de création, de dialogue. Un lieu où chaque projet est une opportunité de pousser un peu plus loin ce que le papier peut exprimer, ce qu’une fleur sculptée peut transmettre, ce qu’une installation peut transformer. Si vous êtes arrivé jusqu’ici, c’est probablement que mon travail résonne avec quelque chose en vous. Et c’est exactement pour ces rencontres-là que je continue à créer.